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Un certain nombre de jeunes
Circassiens ne tolérant plus la discrimination ont regagné leur patrie dans
le Caucase
Par : Eli Ashkenazi
Les Circassiens, dont les parents sont arrivés en Israël
au 19ème siècle, ont tendance à sauvegarder leur patrimoine. Après avoir
fait venir un professeur de langue circassienne, ils ont reconstruit une
vieille maison dans leur village, Kama, en Galilée, pour en faire un centre
culturel académique des Circassiens du monde entier. En même temps, ils
souffrent des mêmes problèmes que les villages arabes comme l'injustice dans
le domaine des budgets affectés, les coupures d'eau dans le village et un
chômage accru.
A Beit Shamy, dans le village circassien de Kama, ils se vantent de leur
dernière réalisation, à savoir la reconstruction du plus important bâtiment
du village abandonné depuis des dizaines d'années. La maison de la famille
Shamy a été construite à la fin du 19ème siècle par une des familles riches
du village de Kama, qui est situé à l'est de Nazareth, près du village de
Tefour.
Selon le président de la municipalité, Jalal Nafsu : "C'est la réalité qui
nous dicte notre façon d'agir. Il existe à présent une crise économique
sérieuse qui nous impose une ouverture. Je sais que certains des habitants
du village ne sont pas enthousiastes. Une personne m'avait demandé s'ils
comptaient transformer le village en zoo. Nombreux sont ceux qui désirent
préserver leur particularisme. Mais lorsqu'il n'y a plus le choix, alors que
faire".
Les Circassiens sont une petite communauté qui ne s'est jamais intégrée. Il
est vrai que ce sont des musulmans de par leur religion, mais ils
fréquentent les écoles juives et travaillent dans l'armée. Ils ont leur
propre langue à laquelle ils tiennent. Ils ressentent un lien qui les
attachent aux Circassiens du reste du monde et maintiennent leurs relations
avec eux. Leur premier contact avec les Juifs commence au lycée,
c'est-à-dire bien avant les Druzes, par exemple. Ce contact se poursuit dans
les rangs de l'armée ou de la police où de nombreux d'entre eux travaillent.
Cependant, à leur retour chez eux à Kama, en Basse Galilée, qui compte 2600
habitants, et à Rayhanéya, en Haute Galilée, qui compte 1100 habitants, ce
contact devient considérablement plus restreint.
Nombreux sont les Israéliens qui ne connaissent pas cette petite communauté
que les Turcs ont fait venir du Caucase en Israël comme ailleurs pour
défendre les frontières de l'Empire Ottoman. Cela a été accompagné par la
conversion des Circassiens à l'Islam qui a coïncidé avec l'occupation turque
du Caucase au 17ème siècle.
Ils se trouvent partout au Proche-Orient. En Syrie, ils comptent à présent
25000 membres, en Iraq environ 10000, en Jordanie presque 20000. En Jordanie,
ils occupent une place importante. Certains d'entre eux sont des officiers
de hauts grades dans l'armée.
Contrôle d'identité à l'aéroport :
La communauté circassienne tient beaucoup à son patrimoine, à sa culture et
à sa langue. Il y a quelques années, ils ont fait venir un professeur du
Caucase pour enseigner la langue circassienne dans les écoles de Kama.
Shelmon pense que la décision de lier le sort des Circassiens à celui
d'Israël et la participation dans les domaines de l'enseignement et de
l'armée sont justement la raison qui a provoqué les conflits entre les deux
parties. Ces conflits concernent la culture, la langue et l'identité. Le
président du conseil municipal, Jalal Nafsu, partage l'avis de Shelmon en
disant que lorsqu'il a regagné le village après avoir passé des années à
l'organe de la défense, il s'est senti rejeté. "J'ai regagné le village et
je suis entré en compétition pour le poste de président du conseil
municipal. C'est alors que j'ai réalisé que j'ignorais la vérité de notre
situation. Je m'adresse aux jeunes pour savoir la raison pour laquelle ils
n'adhèrent pas à l'armée. Ils voient des jeunes opter pour l'étude plutôt
que pour le service militaire et dont les conditions sont toujours
meilleures. D'autre part, ils voient des soldats et des officiers licenciés.
Quel sort les attend-il ? Seront-ils employés comme fonctionnaires du
gouvernement ? Non. Pourquoi ? Parce qu'ils s'appellent Jalal ?, ajoute-t-il,
tout en indiquant que le fait de sentir que l'Etat les ignore renforce chez
eux la tendance à l'isolement. "Je servais dans le contingent 890 de
parachutistes. J'ai été blessé dans la ferme chinoise et au Liban. Je suis
arrivé jusqu'au grade de colonel dans les gardes-frontières. Qu'ils
m'accordent donc mes droits. Nous ne voulons que ce que nous méritons",
dit-il.
Daoud Nefsu, 23 ans, a été exclu de l'armée israélienne il y a un an et demi.
Depuis ce temps, il a des difficultés pour trouver un emploi. Il dit : "J'ai
été embauché dans des emplois intérimaires dont, entre autres, les
plantations de jardins. J'ai essayé de travailler dans plusieurs sociétés de
sécurité mais en vain. A présent, ils veulent me convoquer comme réserviste
dans l'armée où je dois assurer une fonction de garde de sécurité. Je ne
travaillerai pas comme réserviste dans ce pays. Suis-je bon à servir comme
garde de sécurité réserviste alors que je ne conviens pas au travail de
garde de sécurité civil ?". Il dit que ce qui lui a fait comprendre le rang
qu'il occupe dans ce pays est ce contrôle personnel humiliant qu'il a subi à
l'aéroport lorsqu'il a demandé à partir en voyage en Europe après son
exclusion de l'armée. "Ils se sont comportés avec moi comme si j'étais un
terroriste", dit-il, en ajoutant : "Mais le plus difficile est le chômage.
Je lis régulièrement les annonces d'offres d'emplois sans jamais réussir à
en obtenir un. Ma mère prie tous les jours pour que je puisse avoir un
emploi. Je suis couvert de dettes. Je devais me marier cette année mais je
suis obligé de reporter ce projet. Je souffre de dépression et j'ai
l'impression d'avoir perdu trois ans dans l'armée. J'ai essayé de travailler
dans l'administration pénitentiaire mais en vain. Je connais d'autres jeunes
qui vivent ces mêmes conditions et n'arrivent pas à avoir d'emploi. Ici, il
y a trois jeunes qui ont quitté Israël pour le Caucase. D'autres feront
comme eux peut-être dans l'avenir. Je pourrai vivre comme un millionnaire
rien qu'avec une centaine de dollars. Je pense vraiment partir là bas".
Jalal Nafsu dit que durant les quelques dernières années, et depuis la chute
de l'empire soviétique, de nombreux jeunes partent à la recherche de leurs
origines dans le Caucase. Il ne s'agit pas uniquement de nostalgie pour la
patrie. "Certains jeunes ayant quitté Israël refont leur vie dans le Caucase.
Un officier exclu de l'armée avait quitté Israël pour le Caucase. Il se sent
au moins vivant sur sa propre terre. Pendant la guerre de Bosnie, les
Circassiens du monde entier ont aidé les habitants de tout un village
circassien de Bosnie à partir vivre dans le Caucase. Voulez-vous que ceci
arrive aussi ici ?".
"Un certain nombre de jeunes pensent à présent vendre leurs maisons et leurs
terres pour se préparer au départ", poursuit-il.
…"Au moment où les habitants du village de Kama quitteront ses frontières,
aucune plainte ne se fera plus entendre. Mais lorsqu'une coupure d'eau dure
de midi jusqu'au lendemain matin, cela nous affecte. Cette punition
collective est arrivée à plusieurs reprises. Pendant tout un mois, ou
presque, ils nous coupaient l'eau à périodes intercalées pour de longues
heures. Le terme "eau" en circassien signifie "Roh" ou âme, lorsque vous me
coupez l'eau, cela signifie que vous m'avez tué. Nous somme devenus pareils
à l'armée du Liban Sud", dit-il encore. Le conseil municipal souffre d'un
lourd fardeau de dettes atteignant environ huit millions de shekels. Le
nouveau président du conseil sera contraint de mettre en exécution un plan
de réforme et de licencier dix sur les cinquante fonctionnaires du conseil,
ce qui aggravera le problème du chômage.
Source:
Haaretz.co.il / Le 08/02/2004

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